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Ce blog est un outil des étudiants en Histoire de Paris 8. Il a pour mission de communiquer des infos sur la mobilisation étudiante contre le projet de loi instituant notamment le Contrat Première Embauche (CPE) et surtout , c'est un lieu de partages et de débats autour de cette question. Toute participation est donc la bienvenue du moment qu'elle n'est pas constituée d'insultes et qu'elle est signée.

Première motion

 

Si vous voulez nous faire parvenir des délibérations , ou des articles "Point de vue" veuillez nous contacter à cette adresse.

 
 
A la suite d'une AG réunie jeudi matin , le blocage de la fac est reconduit pour la journée de demain (vendredi) ,la présidence a décidé dans ces conditions de fermer la fac jusqu'a la rentrée.
Un rassemblement aura lieu demain (le 07/04) devant la préfecture de Bobigny à 10h30 pour protester contre la loi sur l'égalité des chances.
 
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Vendredi 24 mars 2006

 Ce point de vue nous a été envoyé par Benjamin en réaction au point de vue n°2 de Sophie sur la réalité économique (ICI).

Si les gens comme Sophie pouvaient discourir, défendre leurs arguments, sans nécessairement taxer de "pensée unique" quelqu'un qui les contredit, on les écouterait plus volontiers.

  Si les gens comme Sophie assumaient, à leur tour, leurs discours, on les écouterait plus volontiers. Il s'agit d'assumer son discours en tant qu'utopie, d'accepter de le penser tel. Oui, c'est bien d'une utopie qu'il s'agit : un lieu qui n'existe pas, un monde à inventer qu'ils nous proposent. Sacré défi ! Les utopies sont nécessaires à l'élaboration d'une pensée agissante, c'est un guide. Mais cela reste un lieu inatteignable, imaginaire, qui n'existe pas. Nous faire paraître comme naturel un mode de vie qui, de fait, n'est pas celui qui a cours, c'est se référer à une supposée transcendance. Un enchantement de plus : on se fait avoir une nouvelle fois. Je le répète, donc : si les gens comme Sophie assumaient leurs discours en tant qu'utopie, on les écouterait plus volontiers.

  Si les gens comme Sophie nous proposaient autre chose qu'une vieille rengaine, mille
fois entendue, on les écouterait plus volontiers.

  Si les gens comme Sophie voulaient bien répondre à  la question que leur posait Matthias,
qu'on la formule en termes de financement de mesure ou, plus généralement, en termes de faisabilité pratique, concrète, de leur projet, on les écouterait plus volontiers.

  Il n'y a pas UNE pensée unique : il y a DES idéologies. Si les gens comme Sophie pouvaient sortir de la leur, on les écouterait plus volontiers.

  En attendant, on lit vaguement, en diagonale, et on passe...

  Ce commentaire ne se veut pas une attaque contre toi, Sophie. Je ne tiens pas à avoir droit à une resaucée de ton discours en énième "droit de réponse". Ne le prends pas comme une attaque, prends-le comme une interpellation : c'est un défi que je te lance. Tu nous lances celui de sortir du carcan de la pensée ambiante, celui d'inventer avec toi un monde nouveau. Le défi que je te lance, c'est de me dire comment on fait, pour y aller, dans ton monde merveilleux. Comment elle se passe, ta révolution ? Et c'est quand, au fait, cette révolution, que l'on attend depuis un siècle ? Ce soir ou demain soir ? Ou bien est-ce qu'on attend le "grand" soir ? Et en attendant ce soir-là, ou un autre : tes idées, elles prennent quand la responsabilité d'être autre chose que des idées ?

  Les utopies ne m'intéressent pas si elles ne débouchent pas sur une philosophie (politique) concrète du réel. Penser l'une sans l'autre est une impasse absolue. Sophie, s'il te plaît, relève mon défi. Ou en tout cas : essaye.

  Benjamin

Par Les Etudiants en Histoire de Paris 8 - Publié dans : Point de vue
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Vendredi 24 mars 2006

RÉUNION GÉNÉRALE DE L’UFR4
LE MERCREDI 22 MARS 2006

Les enseignants, les personnels administratifs et quelques étudiants de l’UFR4, présents à la réunion générale du mercredi 22 mars 2006, ont adopté la motion suivante :

– ils réaffirment leur soutien et leur participation au mouvement contre le CPE,
– ils appellent la participation de tous à la manifestation du jeudi 23 mars,
– ils se déclarent en grève le mardi 28 mars et appellent à participer à la manifestation de ce jour,
– ils demandent aux étudiants d’être massivement présents à l’Université le lundi 27 mars et aux enseignants de les accueillir pour analyser ensemble la situation et permettre aux positions de s’exprimer,
– ils proposent une assemblée générale de l’UFR, enseignants, administratifs et étudiants, le mercredi 29 mars à 9h afin de délibérer sur la situation en cours à cette date,
– dans cette attente, et dans le but de favoriser la présence de nos étudiants dans leur université, ils mettent en place un ” groupe de liaison ” pour inviter les enseignants, dans le cas où le mouvement devrait se poursuivre, à concevoir et à organiser des cours transversaux aux disciplines de l’UFR (histoire, littératures, sociologie), qui pourraient être dispensés parallèllement aux ” forums et conférences débats ” et en dehors des assemblées générales de l’université,
– ils s’engagent auprès des étudiants à étudier les formes de validation de ces cours, intégrables à l’évaluation générale du semestre.

Cette motion a été adoptée par 22 voix pour, 0 contre et 10 abstentions

Par Les Etudiants en Histoire de Paris 8 - Publié dans : Motions
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Mardi 21 mars 2006

Voici un deuxième article "Point de vue" écrit par Sophie en réponse (mais l'article va plus loin qu'une simple répone) à un commentaire écrit par Matthias à propos de l'article "Le Point de vue de....Sophie".Pour plus de lisibilité les commentaires se trouveront désormais au dessus des photos.

 

 

 

 

 

La réalité économique.

 

 

 

 

L’économiste Bernard Maris enseigne à Paris 8, il est l’auteur de Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles (Albin Michel, 2000) et entre autres d’un savoureux Antimanuel d’économie (Bréal, 2003). Je pensais à ces textes en lisant le commentaire anonyme et peu visible de ma dernière contribution que je viens juste de découvrir. Y répondre est l’occasion de développer un nouveau point de vue, sur la « réalité économique », cette fois-ci.

 

 

 Je n’ai pas vraiment envie d’essayer de te faire changer d’avis : autant tenter de convaincre Jean-Marc Sylvestre… et je crois qu’on pourra se passer de lui pour changer la société… En revanche, ce qui me paraît important dans ton message, c’est son imprégnation par la pensée unique, on croirait entendre la chronique du susdit.

 En somme, tu penses que l’existence humaine est tributaire de ce que tu nommes la réalité économique. Chacun devrait se résigner à subir les conséquences de la mondialisation comme celles des changements de saison : fatalité et lois naturelles ? Le but des entreprises est de faire toujours plus de bénéfices, croître, lutter contre ses concurrentes dans un combat à mort. C’est sans doute la réalité des entreprises, j’en conviens. Mais cette logique est aussi celle des parasites dont la seule raison d’être est leur propre développement sans limite au détriment de leur hôte et de leurs voisins, y compris jusqu’à leur destruction. « Réalité économique», l’argument massue qui doit ramener à la raison les rêveurs utopistes, et tous ces gens qui refusent d’être licenciés au fil des exigences des actionnaires ! Et bien ce que tu nommes « réalité économique », je l’appelle « délire » (et parfois « fascisme », selon mon humeur). Un délire construit, logique – comme tout délire, c’est d’ailleurs en cela qu’il peut prendre le pas sur le réel –, partagé par beaucoup d’individus, certes. Pourquoi ? Fascination du pouvoir ? nécessité d’expliquer le sens de la vie ? satisfaction de l’idéal du moi ? Le délire capitaliste obéit aux mêmes processus que les religions, que les fanatismes de tout poil, de la monarchie de droit divin à la théorie du surhomme.

  

 

 

Tu opposes à la réalité économique l’utopie que j’appelle le quotidien du vivant, celui des humains particulièrement. La réalité de tous ceux qui mangent, dorment, aiment, travaillent, tombent malades et meurent, ceux qui voient en l’autre, jour après jour, une belle raison de vivre… et pas un concurrent… bref, des enfants naïfs qui ne connaissent rien aux lois de l’économie, n’est-ce pas ? Ceux qui doivent paraître un peu moins réels parce qu’ils sont moins brutaux, moins guerriers ? Auquel cas, la réalité ne serait que ce qui est le plus frappant, le plus implacable.

 

 

Que ce soit à l’échelle des entreprises ou des individus, le désir d’accumulation bien au-delà non seulement des besoins mais même des capacités de consommation est pathologique. Qu’une petite ploutocratie jouisse (car c’est le terme, je pense) d’empiler des millions, voire des milliards et pour cela condamne des milliards de PERSONNES à vivre difficilement, voilà qui relève du pur délire. Délire de puissance, délire au même titre qu’un type qui jouirait d’avoir 5000 packs de lait chez lui, sans même aller jusqu’à dire qu’il en jouit d’autant plus que les autres n’en ont pas.

 

 

Alors certes encore, la réalité, c’est qu’il y a un bon paquet de personnes qui pensent réellement (tout délirant croit à son délire, c’est la caractéristique du délire) qu’il faut accumuler les biens, l’argent, le pouvoir – ce que notre société appelle « la réussite » – pour  vivre bien. Il y a un bon paquet de personnes qui pensent faire partie de ce qu’elles aiment appeler « l’élite »,  et encore pas mal qui espèrent l’intégrer.

 La « réalité économique » est-elle une loi naturelle ? C’est une création humaine, un OUTIL pour organiser la vie collective. Un moyen pas une fin en soi. Il y en a, dont je fais partie, qui pensent que l’économie est un moyen de créer des richesses pour et seulement pour l’intérêt général, où la mise en commun des compétences de chacun permet à tous de vivre mieux que par ses propres moyens. C'est le pacte social. Il y a ceux qui y voient un moyen de créer infiniment des richesses, pour l’enrichissement de certains et leurs privilèges, écho du besoin primitif d’être distingué, préféré, besoin impérieux d’être au-dessus des autres (reflet de quelle peur ?). Frontière entre la civilisation et la barbarie, entre le droit et la loi du plus fort. C’est là que la brutalité de la loi du plus fort paraît toujours plus réelle que le droit, tous les fascismes s’y sont référés : le pouvoir physique de contraindre, de menacer, le prédateur et la proie, le maître et l’esclave. De même, ils ont tous élaboré de savantes constructions théoriques pour justifier leurs actes. L’animalité de l’être humain servie par la puissance du désir qui le caractérise : Conjonction qui peut en faire un parfait candidat au parasitisme et au fascisme. Mais certes, rien ne t’empêche d’espérer faire partie des plus forts, des plus riches, des battants. Rien ne t’empêche non plus d’appeler cela la réalité. J’aimerais seulement que ce discours soit un peu plus conscient de lui-même (et là, c’est vrai, je rêve complètement) et mesure sa propre portée, le projet de vie collective qu’il sous-tend.

 

 

 

Quand je pense à la bourse, en bonne rêveuse que je suis, j’imagine une sorte d’immense tripot où des joueurs fiévreux font monter les paris dont les enjeux sont la vie quotidienne de gens réels, qui aspirent à manger en paix tous les jours, qui aimeraient bien ne pas passer leur vie - même plus seulement à la gagner - mais à survivre en se demandant comment ils vivront le lendemain s’ils sont licenciés, ne pas être les paramètres variables des rêves de quelques actionnaires, les dégâts collatéraux de ceux qui jouent à qui pisse le plus loin à l’échelle mondiale.

 

 

 

Mais, bon, je te comprends : quelques cours d’économie, voire quelques chroniques dans les médias, avec éventuellement un petit portefeuille d’actions et on fait partie des initiés, on joue dans la cour des grands, de ceux qui savent, qui font le monde, c’est tellement flatteur de se raconter l’histoire comme ça. Tous les pouvoirs sont racoleurs. Et la vie devient un combat, la liberté devient liberté d’entreprendre, l’égalité devient mise en concurrence « non-faussée », la fraternité… ? bah, celle-là, elle est tombé aux oubliettes… qui s’en soucie ? Quelques philosophes utopistes et chevelus qui s’inquiètent des bégaiements de l’histoire : le retour de la tentation de faire partie des maîtres, se rallier au camp du vainqueur présumé en adhérant à son discours. Fascination pour le pouvoir qui fait pétiller les regards d’un mélange complexe d’ambition, d’envie et aussi d’une telle soumission qu’on abdique son propre esprit critique. Les "raisonnables" appellent cela réalisme, pragmatisme… Certains "rêveurs" l’appellent collaboration, opportunisme, endoctrinement voire faiblesse selon le degré de perméabilité à la pensée unique en vigueur… Ce n’est qu’une question de point de vue. A mes yeux, ceux qui affirment que l’être humain est plus performant quand il est en compétition continuent de jouer à la guéguerre comme lorsqu’ils avaient 5 ans et un sérieux rival à abattre. La vie n’est pas un champ de bataille où il faut être à tout prix le meilleur. Car la réalité aussi, c’est que l’être humain a la fâcheuse tendance, en dépit des « lois naturelles de l’économie », à donner le meilleur de lui-même pour faire plaisir, à lui-même et à autrui… encore faut-il qu’il en ait envie. La menace, la peur, la précarité peuvent mobiliser – et épuiser – son énergie à plus ou moins long terme, mais détruisent à coup sûr et très vite ce désir, précieux désir qu’on ne peut pas transcrire  en équation dans les tableaux prévisionnels.

 Alors qu’est-ce que la réalité humaine ? Certainement pas la question des financements dont tu nous parles. Et il ne faut pas oublier qu'un pacte inéquitable n'est qu'un contrat de dupe. J'imagine que des économistes devraient en comprendre les conséquences, sinon ils peuvent toujours lire Rousseau, encore un doux rêveur dépassé qui serait sans doute taxé d’immobilisme aujourd’hui.

 

 

 

Sophie Leconte.

Par Sophie Leconte - Publié dans : Point de vue
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Vendredi 17 mars 2006

Saint-Denis, le 17 mars 2006

 

EXTRAIT DES DELIBERATIONS

DU CONSEIL D'ADMINISTRATION

du 17 mars 2006

Le conseil d’administration de l’Université Paris 8, dans le cadre de sa réunion extraordinaire du 17 mars 2006, s’insurge

-         contre la précarisation croissante d’une jeunesse qui voit se multiplier les obstacles à son intégration dans la vie active, comme l’a clairement montré la récente crise des banlieues,

-         et contre la précarisation qui touche une partie de plus en plus grande des salariés du public et du privé.

Il attire l’attention du gouvernement sur les risques de violence sociale que représente le maintien du « contrat première embauche » (CPE).

Il exprime son opposition au CPE qui, au même titre que le CNE, participe de la déconstruction du code du travail, et son opposition à la loi dite de l’égalité des chances.  Il demande leur retrait.

Le CA  exprime également son opposition à la précarisation croissante de l’emploi scientifique proposée au même moment dans le cadre de la loi sur la recherche. Il exprime enfin son exigence que soit prise en compte  la nécessité de donner les moyens au système éducatif et universitaire afin qu’il puisse pleinement assumer ses responsabilités à l’égard de la jeunesse.

 

Le CA

-         demande que l’université reste ouverte pour pouvoir maintenir le lien entre étudiants, enseignants et autres membres du personnel, et s’oppose à toute intervention policière contre  la mobilisation,

-         décide de l’organisation à compter de lundi 20 mars d’une semaine « Université ouverte », avec la suspension des cours pour que se tiennent des conférences forums, débats, s’appuyant sur les compétences des enseignants de notre université autour des thèmes de la précarité sociale et du droit du travail,

-         demande aux UFR et départements d’organiser les échanges pour trouver une solution convergente garantissant une validation pleine et entière des EC qui ne pénalise pas les étudiants, sur la base d’une égalité de traitement de tous. Le CA du 24 mars sera amené à se prononcer sur ces dernières propositions, conjointement avec le CEVU.

 

La motion est approuvée à l’unanimité des 19 membres présents (dont 3 représentés)

 

 

 

 

Par Les Etudiants en Histoire de Paris 8 - Publié dans : Motions
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Vendredi 17 mars 2006

Sophie nous a envoyé son point de vue,elle inaugure donc la série des contributions externes, voila son article.

Je vous propose un point de vue en écho à l'article de Matthias. Je suis en L3 de psycho et en M1 de psychanalyse à Paris 8.

Le CPE est-il négociable ? 

 

Ne cédons pas à la tentation d’en proposer une forme « acceptable » en supprimant ses caractéristiques les plus odieuses tel que le licenciement sans motif.

Matthias propose de réduire la période d’exonération fiscale de 2/3 à 1/3. Il n’y a aucune justification de ces exonérations dont bénéficient les entreprises depuis bientôt 25 ans sans qu’elles n’aient jamais créé d’emplois pour autant. A ceux qui sont intéressés par la question, je suggère de vous reporter au film de Gilles Balbastre Le Chômage a une histoire (2001, vous pouvez le voir à cette adresse ) et au livre de Jacques Nikonoff : Chômage : nous accusons ! Mille milliards de Francs pour l’emploi (Arléa, 1998. Initialement, ce texte était un rapport aux pouvoirs publics sur l’usage et les effets de ces exonérations). 

 

Il faut savoir que depuis la fin des années 60, on nous présente le chômage comme inéluctable et nécessaire. A ce titre, la création d’emploi est devenue peu à peu une sorte de « faveur », un effort des entreprises qu’il faut encourager. 1000 milliards était la somme en 1998 des exonérations et avantages fiscaux de toutes sortes dont elles ont bénéficié depuis 1981. 1000 milliards évaporés sans la moindre création d’emploi dans une période qui a en revanche développé la précarisation de l’emploi. Chacune de ces exonérations a eu pour conséquence d’affaiblir voire de ruiner la protection sociale d’abord des salariés concernés. Mais aussi de mettre en danger tout le système de protection sociale puisque les charges patronales cofinancent, avec les cotisations des salariés, les caisses de retraite et d’assurance maladie et chômage. Accepter le principe de l’exonération fiscale en échange de la « création » d’emploi, c’est accepter la précarisation à long terme, c’est accepter de réduire votre retraite à venir, voire de ne pas en avoir. On peut soutenir ce principe : l’important serait de travailler aujourd’hui ! Qu’importe si à l’issue d’un contrat de 6 mois, 1 an etc., on se retrouve sans avoir vraiment cotisé pour l’avenir, sans indemnités chômage. Effectivement, si les entreprises peuvent embaucher et licencier à leur gré, il est fort probable de pouvoir retrouver un contrat similaire de 6 mois, un an, etc… 

 

Gérard Filoche (Carnets d’un inspecteur du travail, Ramsay - article ici ; téléchargement là ) rappelait très justement, avec arguments à l’appui (allez écouter l’émission) que la génération babyboum partait en retraite en ce moment. Cela représente une réserve d’emploi colossale. Pourtant, il n’y a pas de postes inscrits aux concours de la fonction publique, pourtant Villepin propose que les retraités puissent continuer de travailler à mi-temps, pourtant il ajoute que ceux qui veulent continuer de travailler au-delà de l’âge de la retraite peuvent le faire. La logique du marché est basique, celle de l’offre et de la demande. Plus un produit est offert, moins il a de valeur. La logique libérale est parvenue en quelques décennies à revenir à l’âge d’or du capitalisme sauvage (comme l’histoire l’a nommé) : transformer le travail en marchandise, travail offert par des millions de salariés à des entreprises dédaigneuses qui discutent les prix comme des marchands de tapis tentant de faire oublier qu’elles ont besoin de ce travail. Certes, la délocalisation plane. Mais combien sont capables de se délocaliser ? Alors pour maintenir les cours des salaires au plus bas, l’offensive est soutenue sur plusieurs fronts : maintenir artificiellement la pénurie d’emploi, instaurer la précarité comme une loi naturelle (cf : Parisot). Et comme la plupart des entreprises – quoi qu’elles en disent – seraient bien incapables de se délocaliser, et bien, la directive Bolkenstein prétend délocaliser les travailleurs.

Matthias réfléchit avec honnêteté aux moyens de réduire le chômage des jeunes, mais sa pensée est imprégnée par l’idée que le chômage est une fatalité, que les entreprises sont les seules à pouvoir créer de l’emploi. La fin du XIXème siècle, 1936, et aussi le Conseil National de la Résistance ont prouvé à des moments où ce discours libéral était le plus fort que ce sont des choix sociétaux qui créent l’emploi tandis que la déréglementation en vigueur depuis plus de 20 ans s’avère non seulement un échec mais aussi et surtout une escroquerie.

Réduire le chômage ? Commençons par exiger que chaque départ à la retraite, dans le public comme dans le privé, soit un travail donné à quelqu’un. Exigeons que l’Etat offre des postes aux concours pour remplacer tous les emplois contractuels auquel il a eu recours depuis une dizaine d’années.

 Sophie Leconte

 

 

 

Par Les Etudiants en Histoire de Paris 8 - Publié dans : Point de vue
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